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Par Mélon Marc émmanuel HANNON
ÉDOUARD (1853-1931)
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Photographe amateur, né à Ixelles, dans la banlieue de Bruxelles,
d’une famille de la haute bourgeoisie belge, Édouard Hannon
fit des études d’ingénieur à l’université
de Gand. La célèbre firme de produits chimiques Solvay le
chargea, en 1877, de fonder une succursale à Dombasle, en Lorraine
française. À l’occasion de ce séjour, il découvre
l’atelier de verrerie et d’ébénisterie qu’Émile
Gallé venait de fonder à Nancy. Sa sensibilité à
l’Art nouveau l’engagea, dès le début des années
1890, à rejoindre les rangs des photographes amateurs désireux
de faire reconnaître la photographie comme un art. C’était
le début de ce qu’on appelle aujourd’hui l’école
du pictorialisme en photographie, un mouvement né dans la mouvance
de l’Art nouveau et qui, dans le même esprit, cherchait à
faire appliquer à la photographie, toujours considérée
comme un art industriel, les critères d’appréciation
en vigueur pour les beaux-arts.
Cette dichotomie dont souffrait encore la photographie à la fin
du XIXe siècle, Hannon en fit l’expérience dans sa
pratique photographique même. En tant que photographe amateur, adhérent
de l’Association belge de photographie, et donc partisan des thèses
pictorialistes, Hannon réalisa une œuvre que l’on peut
qualifier de «savante», parce que se référant
aux règles de la composition, du cadrage et du contraste. Il utilisa
les techniques de tirage sophistiquées en vogue auprès des
photographes artistes (tirage au charbon, à la gomme bichromatée)
et inventa avec ingéniosité quelques procédés
permettant de rendre les effets de trame et de flou, tant recherchés
à l’époque. À côté de cette œuvre
officielle, qui avait droit aux cimaises des salons, Hannon réalisa
en tant qu’ingénieur une importante collection de clichés
pris au cours de ses nombreux voyages à l’étranger
où la société Solvay l’envoyait contrôler
l’installation de ses filiales. Ces photos, dont on connaît
les négatifs mais peu de tirages, se présentent comme des
souvenirs de voyage, des traces des lieux visités, sans souci apparent
de la composition ni du cadrage. Mais ce qui, dans l’esprit d’Hannon,
ne devait être sans doute qu’un cahier de notes apparaît
aujourd’hui comme un reportage d’une exceptionnelle qualité
sur la vie sociale — principalement la vie urbaine des classes défavorisées
—
d’Europe, des États-Unis et surtout de la Russie
tsariste de la fin du XIXe siècle.
En tant que témoignage, l’œuvre d’Hannon prend
place aux côtés des plus grands noms du documentaire photographique,
comme Lewis Hine ou Walker Evans. Cependant, la haute valeur informative
de ce reportage ne doit pas occulter ses étonnantes qualités
formelles. En effet, les clichés d’Hannon sont comme des
croquis inachevés si on les compare à ses photographies
pictorialistes cadrées, tirées et exposées avec tout
le soin exigé pour une œuvre d’art. Mais avec le recul
du temps, on découvre que ces croquis sont en fait maîtrisés
d’une façon étonnamment méticuleuse et qu’ils
sont soumis non pas à une esthétique picturale, mais à
une esthétique spécifiquement photographique, fondée
sur le décadrage, le hors-champ et la contre-composition.
Hannon dut avoir une vision incroyablement prémonitoire de ce que
serait, trente ans plus tard, le mouvement de la photographie pure, exaltée
par Strand et Stieglitz aux États-Unis, ou par Feininger et Renger-Patzsch
en Allemagne.
L’œuvre d’Édouard Hannon fut redécouverte
et étudiée par le photographe belge Gilbert De Keyser, puis
sauvegardée et conservée par l’Espace photographique
Contretype, centre de photographie contemporaine, installé depuis
1988 dans l’ancien hôtel particulier du photographe, à
Saint-Gilles, Bruxelles. Cette belle demeure Art nouveau a été
construite en 1903 par un ami d’Édouard Hannon, l’architecte
Jules Brunfaut. L’Espace photographique Contretype a consacré
plusieurs expositions à Hannon, en particulier É. Hannon
et l’Art nouveau, en 1993.
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