À l’initiative de Françoise Levaillant, directrice de recherche en histoire de l’art au CNRS, co-responsable de l’ERCO au sein du Centre André Chastel (UMR 8150), et dirigé par Stéphanie Jamet-Chavigny, membre correspondant de l’ERCO, le colloque Retour sur l’art de l’assemblage s’est tenu les 28 et 29 mars 2008 salle Vasari à l’INHA. Il s’agissait d’interroger la notion d’assemblage en partant de l’exposition fondatrice The Art of Assemblage, organisée par William C. SEITZ au Museum of Modern Art de New York en 1961 qui en proposait la première généalogie. Le projet était d’étudier le rôle tenu par l’assemblage dans le champ élargi de l’art, d’en cerner les principes et d’en questionner également la postérité en ce début de XXIe siècle. La filiation collage-assemblage ne doit-elle pas en effet être reconsidérée, au vu d’un certain nombre d’écrits critiques et d’événements qui en ont, depuis, renouvelé l’approche ? Pensée en termes d’acte de construction homogène ou d’hybridation, la distinction entre ces deux filiations est-elle toujours légitime ? Les actions de réemploi, de recyclage, d’appropriation, de mixage et par extension de détournement directement rattachées à la pratique de l’assemblage n’ont pas la même portée aujourd’hui que dans les années soixante. La pluralité des contributions des chercheurs sollicités, issus de l’université, des écoles d’art et des musées, a permis de croiser des approches empruntées tout à la fois à l’histoire de l’art, à la littérature, à la sociologie et à l’anthropologie.
Antoinette Le Normand Romain, directeur général de l’INHA, introduisant ces deux journées de recherche, a placé l’ensemble des réflexions sous l’égide d’Auguste RODIN, reprenant la dialectique « fragmentation/assemblage » qui était analysée dans l’exposition Le Corps en morceaux au Musée d’Orsay en 1990 et à laquelle elle avait justement contribué.
La première session du colloque s’est déroulée sous la présidence de Françoise Levaillant qui rappelait avoir réalisé avec une équipe d’étudiants, en mai 1976, l’exposition « Assemblage(s) » au MNAM (Palais de Tokyo), à partir de la Tête de Raoul HAUSSMANN, et en rapport avec un cours portant sur une autre forme de dialectique, « objet sculpté/objet construit », des « objets » DADA aux compositions d’objets d’Erik DIETMAN en passant par les boites électrifiées de BRYEN. L’introduction de Stéphanie Jamet-Chavigny, « Un autre regard sur la réception critique de l’exposition The Art of Assemblage », analysait le choix du terme d’assemblage pour titre de l’exposition new yorkaise grâce à l’étude des archives du MoMA et de la Getty Foundation. S. Jamet-Chavigny soulevait la question de son influence et de ses répercussions. Deux pistes de relecture apparaissaient, permettant de comprendre et d’envisager différemment la méthode énoncée par Seitz : d’une part, celle proposée par Allan KAPROW dans Assemblage, Environments and Happenings commencé en 1960 et paru en 1966 et, d’autre part, celle de Leo Steinberg dans son essai Le Retour de Rodin écrit en 1962 (mais paru en 1972). En a découlé une remise en cause de la conception moderniste de Clement Greenberg et une ouverture sur la compréhension du mot assemblage au-delà de la question de l’objet, dans une perspective extra-artistique, sociale, voire politique. Ainsi, la figure mythique du bricoleur occidental qu’est Robinson Crusoé, a guidé la réflexion initiatrice de ce colloque justement parce qu’elle fut elle-même sujette à une profonde relecture au cours du XXe siècle et en particulier dans les années 1960 dans l’oeuvre de Michel TOURNIER Vendredi ou les Limbes du Pacifique. Cette première journée était donc tournée vers les enjeux de l’art de l’assemblage au coeur des années 1960 dégageant les principales hypothèses soulevées par les démarches d’artistes proches des Nouveaux Réalistes, de Fluxus ou encore du Happening.
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